Matild Gros

2210

 

 

De la délicatesse, quelques plumes d’oiseaux, des fleurs en bouquet entre deux feuillages, une accolade, de longs cheveux noirs cisaillés sur le papier. Du repos sur une lune, beaucoup de toitures, un loup, du jaune, du rouge, du bleu (et du rose aussi), des moments, des instants, des bribes, on écoute. Des montagnes, ah et aussi un pique-nique, au sol, pourtant juste à côté il y a des chaises. Des pulls sous son manteau, une tête posée sur l’oreiller, une décision, ne plus rien poser, des souvenirs, les jambes picotées par les fourmis quand les bras sont mangés par les fleurs. De la beauté.

 

 

 

bouquet

Bouquet, eau forte & crayons, 30 x 42 cm, 2015

 

Chez Piñata nous avons rencontré plusieurs illustratrices et nous retrouvons comme un fil conducteur, une air de famille entre vous : le motif. Chez toi notamment en gouttes ou en fleurs sur les robes de tes personnages, des animaux, des coups de crayons visibles, parfois des dessins naïfs. Et deux techniques : le dessin et la gravure. Comment es-tu arrivé à ces formes et techniques aujourd’hui ?

Après des études en textile et en fresque, donc après avoir touché le tissu et le mur, il m’a paru évident de retourner vers le papier. Il me rassure, je le connais.
Je sais comment il réagit.
J’y mêle parfois le textile, les collages, je cache certaines parties, je gaufre le papier… Malgré tout, ces études m’ont permis de mûrir et de découvrir ma propre « cuisine » de matières, j’ai découvert les couleurs avec le textile et commencé à « gratter » dans les différentes techniques de fresque. La gravure s’est alors imposée à moi.

 

 

On trouve parfois dans tes dessins, des mots, des phrases…
Viennent-elles compléter le dessin ou “l’illustrer” ?

Parfois, en faisant le dessin qui deviendra gravure, un ou des mots me viennent, alors je le prends comme un élément graphique qui fait partie de l’ensemble. Si je le pouvais, j’en mettrais à chaque image, je trouve ça très beau. Il y a aussi toute une série de gravures qui comporte des petits mots poétiques ou décalés qui viennent de textes de Jeremiah Lambert qui a travaillé avec nous (Les Dompteurs de Papier) sur un spectacle conté autour de la gravure. J’adorerais trouver un auteur avec qui faire équipe pour un projet mots/gravure.

Dans tes illustrations la couleur est très présente,
de quelle manière s’insère-t-elle dans le processus de création ?

Oui, et ça fait seulement quelques années, à croire que je suis plus tranquille qu’avant. En fait, la couleur est quasiment toujours présente, mais de façon très variée. Elle peut être directement encrée sur la plaque, aquarellée, crayonnée, « monotypée ». A chaque gravure son explication. En tout cas, j’aime associer le trait noir fin gravé de la pointe sèche à des couleurs légères et pêchues, posées de façon plus libre.

 

 

 

 

Ton dessin est très organique (plantes, animaux,…),
comment s’est construit cet univers ?
Quelles sont tes références majeurs ? 

Je  n’y ai pas trop pensé mais sûrement que l’arrivée à la campagne y est pour quelque chose. Je suis très spontanée dans mon travail et c’est ce qui me vient. Je choisis aussi mes sujets car ils sont « beaux », flamboyants, colorés, formels (oiseaux, fleurs…). Mon inspiration se construit dans des expos, des lectures, des chants… Je puise aussi dans les arts traditionnels, les textiles du monde entier, les gravures Inuits et Brésiliennes, mes gammes de motifs et de couleurs. Je suis aussi pleine d’admiration pour mes contemporains, je cite : Benoit Bonnefrite, Brecht Evens, Marion Fayolle, Carson Elllis, Raphaël Decoster et d’autres. Leur travail me fait frissonner et me donne envie de démarrer.

Tes productions sont très petites, très délicates,
peux tu nous parler de ton rapport à la miniature, à ce format?

Depuis le début, je fais des mini-gravures. Sûrement un peu par facilité, ça « m’engage » moins, ça me fait moins peur. Mais avec le temps, je pense que j’aime ce rapport au petit, comme une amulette. Une fois, une femme m’a dit qu’elle avait acheté une gravure et qu’elle l’emmenait partout avec elle, ça la rassurait. Ouah!!!! Mais j’ai réussi aussi à me lancer dans le « grand », souvent par l’expérimentation de techniques. Par exemple, la technique du monotype permet de peindre aux encres de gravure une plaque qui sera ensuite imprimée.

 

 

 

Comme des instants très fugaces, des petites secondes, ton travail est parsemé de bribes de pensées, comment construis-tu tes illustrations ? Ton temps de travail ?

C’est bien cela. Je marche par flux d’inspiration. Il m’arrive de faire des séries de quelques gravures, mais surtout des gravures qui marchent seules, sur le moment. Et je suis bien contente qu’elles soient arrivées à ce moment là. Concernant le «temps», quel drôle de mot pour moi en ce moment. J’ai eu 2 enfants ces 3 dernières années et ils me font approcher le temps d’une autre façon. Pour la création, je suis passée du tout au tout : du temps qui s’étire à l’infini, week-ends, soirées pour créer, à de l’inspiration programmée, limitée à quelques heures par-ci par-là. Mais ça marche aussi, il faut juste se réadapter et gérer ses frustrations.

PARCOURS

Après 3 ans d’études textile à l’ESAAT de Roubaix, puis 2 en Fresque-Mosaïque à l’ENSAMMA Paris, Matild s’est formée à la gravure et à la reliure en 2003. En 2008, elle rencontre Clothilde Staës, qui devient sa collègue et amie, avec qui elle crée Les dompteurs de papier, une association qui leur permet de beaux projets autour de la gravure. (lesdompteursdepapier.over-blog.fr). L’année suivante, elles partent avec Stéphanie Cailleau pendant 2 mois dans un camion-atelier, réaliser un Tour de France de gravure dans les villages. En 2010, elle part en tournée avec Clothilde et Solène Boyron (comédienne) grâce à leur création : spectacle conté Les gens griffés autour de la gravure. Puis la voilà partie pour l’Ardèche, toujours avec Clothilde, où elles installent leur atelier à Planzolles. Enfin en 2011, elle crée l’événement Dessin Contemporain et populaire  aux Vans en Ardèche (dessincontemporainetpopulaire.blogspot.fr)

COUPS DE COEUR

La Librairie La Lison à Lille – « c’est la famille ! », (ah oui, on vous a pas dit, Matild est la sœur de Fantine et donc, la cousine d’Alix… nos conseillères lecture préférées !)
Les livres de Nancy Huston, le groupe  Sopa de Pedra  chants polyphoniques portugais, Isabelle Filliozat et l’éducation bienveillante.

ACTU

Une exposition de gravures qui tourne dans les crèches d’Ardèche
Un bref retour dans le Nord pour l’expo-vente de créateurs 6001 is the new 1060  à Charleroi (B) le 11 juin 2016 
Une expo à la librairie Nemo de Montpellier en novembre 2016
Des projets d’affiches et du temps je l’espère pour fabriquer juste des images.

SITE

Matild Gros _ matgrosse@yahoo.fr 
mapauvreamie.ultra-book.com/
www.etsy.com/fr/shop/matildgrosgravures

ornithologie

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