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Des tigres, des feuilles, des oiseaux, une famille sauvage, nos yeux sont excités par les couleurs, les formes dansantes, les aplats et les détails. Un univers flamboyant, dans une énergie communicative, on ne semble jamais dormir dans les dessins de Laurent Moreau. Et après, en y regardant de plus près, avec attention et délectation, la poésie s’installe, tranquillement, sans faire de bruit, par petites touches colorées et subtiles, et après on rencontre des personnages aux joues jaunes, aux yeux ronds, aux têtes fleuries, et après on se perd, on s’accroche aux mots, on ne sait plus où marcher mais on se plait à flâner dans ces forêts orangées.

Auteur-illustrateur (et musicien à ses heures perdues) ouvrir un livre de Laurent Moreau c’est redevenir, pour quelques pages, un enfant mais en mieux.

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Volcan, risographie,2015

En parcourant tes illustrations il semblerait que tu n’es pas un médium de prédilection, mais qu’au contraire tu sautes sans arrêt d’une technique à l’autre, d’où te viens cet éclectisme?

Je dessine aux crayons, je peint à la gouache, je découpe, je colle… Les techniques varient, c’est vrai. Dernièrement, j’ai tout de même axé mon travail autour de l’utilisation de la couleur à la gouache. En fait, je travaille presque exclusivement à la main, je ne suis pas très à l’aise avec l’ordinateur. Je l’utilise pour travailler des projets d’affiches ou d’images imprimées en couches séparées (sérigraphie, Riso). Je pratique beaucoup le dessin de carnets. J’y note des idées, des recherches, des dessins personnels qui me servent ensuite pour mes projets de livres. Dans ces carnets, je m’amuse à utiliser différents outils.

Ton univers est très coloré, quel est ton rapport à la couleur? A-t-il évolué au fil du temps?

Si je me souviens bien, je pense que j’ai commencé à utiliser plus largement la couleur lorsque j’étais en année de diplôme des Arts Décoratifs de Strasbourg, en commençant à réfléchir à des projets de livres. Avant je ne l’utilisais que par petites touches, plus timidement. Je crois que c’est la découverte de la peinture à la gouache qui m’a aidé à me sentir plus à l’aise avec la couleur. C’est une technique “souple”, qui pour moi se rapproche du geste du dessin. Et j’adore voir les couleurs vibrées ! Mes illustrations sont souvent colorés, mais je dessine et peins aussi beaucoup en noir et blanc.

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couverture de Après, éditions Hélium, avril 2013, 40 pages, gouache

Contrairement à la plupart des productions jeunesses il y a une certaine mélancolie, une exigence et une grande poésie dans les textes. As-tu une volonté d’affiner ce genre, l’idée que l’on s’en fait?

A vrai dire je ne cherche pas à affiner un genre ou à travailler un style. J’imagine que cela est représentatif de ma personnalité… Tant mieux si les lecteurs peuvent ressentir ça !

Tu es autant auteur qu’ illustrateur, comment se construit un livre de Laurent Moreau?

C’est davantage le dessin qui me porte, me stimule. J’écris un peu mais c’est beaucoup plus compliqué et laborieux. Je me sens plus illustrateur que auteur. Mes projets débutent la plupart du temps par des idées et des envies de dessins notées sur un carnet. Si en relisant ces notes je me dis qu’il y a quelque chose à faire, je commence à envisager un projet de livre. Pour le livre Après j’ai d’abord écris le texte, mais c’est exceptionnel.

 

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Ma famille sauvage, éditions Helium,  octobre 2013, 28x34cm, 32 pages, gouache

Tu es aussi musicien, penses-tu que ta pratique de la musique influence ton dessin? Et inversement?

Il s’agit de deux pratiques assez différentes. Je suis musicien amateur et je pense que je vais le rester… Mais c’est vrai que l’on pourrait retrouver la même volonté créatrice et une exigence similaire. La musique a une grande place dans ma vie ! Je ne sais pas si l’un influence l’autre, mais parfois un texte noté dans un carnet, initialement plutôt destiné à un projet de livre, peut finalement devenir des paroles d’un chanson.

Peux-tu nous parler de ton atelier de la Rouge Porte?

On vient tout juste de déménager ! nous sommes un regroupement d’illustrateurs, graphistes, plasticiens, architectes… Nous travaillons tous dans un même grand espace. C’est stimulant et convivial. J’ai toujours travailler en atelier, ça me semble aujourd’hui impossible de fonctionner autrement. Nous ne concevons pas de projets collectifs, mais nous échangeons et nous conseillons beaucoup !

Dans ton métier d’illustrateur, quel est l’aspect qui te fais le plus vibrer? Celui qui t’agaces absolument?

Alors, je commence par celui que je n’aime pas : la gestion / comptabilité. Je suis vraiment mauvais pour ça et je repousse toujours le moment ou je dois le faire. Bizarrement, c’est plus difficile de trouver l’aspect qui me fais vibrer… Je crois que ce que je préfère c’est dessiner pour moi, sans but précis, dans un carnet.

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Le froussard, gouache, 2016, projet en cours

PARCOURS

Après le collège, j’ai fais des études d’arts et industries graphiques. J’ai appris le métier d’imprimeur durant 6 ans. J’aime beaucoup les techniques d’impressions comme la gravure, la sérigraphie, le tampon. J’adore observer un livre, toucher le papier, sentir l’encre, regarder les trames… Plus tard, j’ai effectué un stage de plusieurs mois dans une petite maison d’édition parisienne qui m’a permis de découvrir énormément de livres différents, de travaux d’illustrateurs tel que Martin Jarrie, Blex Bolex, Sophie Dutertre, Jochen Gerner

Ensuite, j’ai eu la chance de pouvoir suivre les cours de l’Ecole des Arts Décoratifs de Strasbourg. C’est là que j’ai commencé à réfléchir à des projets de livres jeunesse.

COUPS DE COEUR

En voici quelques-uns, récents ou pas :

– le morceau 90210 du groupe The Courntneys

– l’exposition de la peintre Paula Modersohn-Becker au Musée d’art moderne de Paris

– je suis fan de Snoopy et les peanuts, la bande dessinée de Charles Schulz

– l’album Teen du groupe français Lonely walk

ACTU

Deux parutions :

Le livre de la jungle vient de sortir chez Gallimard jeunesse

Qui attend qui ? vient également de sortir chez Flammarion – Père castor

Je vais faire une exposition et une peinture murale au Théâtre de Laval à l’automne.

SITE

http://zeroendictee.free.fr/

propos recueillis par
Madeline & Léa,
Juin 2016

2 thoughts on “

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