2213

En ce début de mois de mars, à Lille, le printemps pointait le bout de son nez. C’est donc tranquillement installées sur le balcon de son atelier que nous avons discuté. 

Soleil et tasses de thé. 

 

 

 

Laura se définit comme une plasticienne textile. Le tissu est venu naturellement dans sa pratique, elle a apprit à le travailler en autonomie au cours de ses études. Aujourd’hui elle s’en est un peu détaché, cependant, même quand elle ne travaille pas le tissu, elle utilise toujours les techniques qui s’y rapportent : tissage, couture, broderie, etc. 

Dans ses projets, un élément revient souvent, même s’il se raréfie aujourd’hui : la poupée de chiffon. Pour Laura, cette poupée est le symbole de l’être humain mais aussi de l’enfance, c’est un objet émotionnel. Quand elle est arrivée à Lille, en 2011, elle les a laissées dans la rue. Parfois sur un petit socle, pantalons baissés, au dessus de crottes de chien, parfois emprisonnées derrières des grilles de soupiraux. Laura voulait alors questionner le rapport du passant avec son trajet quotidien ; Regarde-t-il encore son environnement qu’il parcourt tous les jours ? Egalement, elle soulevait l’idée de l’appropriation de cet objet, cette poupée, cette création artistique, dans la rue : lieu commun, appartenant à tous. Constat : toutes ses poupées ont été subtilisées. Celles sur des socles seulement au bout de quelques minutes, les emprisonnées au bout de quelques jours au maximum. Elle ne sait par qui, malgré le fait d’avoir attaché sa carte à chacune. Les seuls messages qu’elle ait reçus, sont de passants (souvent des mamans alertées par leurs enfants), ont aperçu une poupée. Pour Laura, ce projet à également été une « thérapie », en rendant ses créations gratuites, offertes dans l’espace public elle a du se faire violence pour se séparer de ces objets. 

Il faut savoir couper le cordon… 

 

 

DSC_0165

Ici, une poupée représentant Laura, réalisée par l’artiste québécoise Mimi Traillette.

Auparavant, le travail de Laura se rapportait souvent au corps féminin, à la place de la femme dans la société, au statut de la mère, au rapport avec regard de l’homme… Evidemment de ce lien entre la femme et l’ouvrage du tissu, de la broderie. Pourtant après une exposition sur ce sujet à la Manufacture des Flandres (Roubaix), elle a décidé de ne pas s’enfermer dans un travail ultra féminin. Elle voulait parler des problèmes de société à tous, dans diverses médiums et techniques. Laura présente alors sa vision du monde via ses installations, témoigne son époque, son environnement et questionne le public sur ces sujets.  

Dans cette exposition A part être à l’Atelier-Galerie Bleu, à Lille-Moulins, Laura nous dépeint un univers remplit de sacs plastique de magasins en forme de fleurs, de poupées de chiffon, de selfies tissés, de miroirs cassés où l’on peut se photographier grâce à un polaroïde puis afficher son cliché, de marques brodées et de questions sur le monde qui nous entoure et sur ce qu’on y laisse comme trace : par exemple, ces « fleurs » en sacs plastiques révélant un travail sur la pollution.

Elle nous demande : Quelle image donne-t-on de nous-mêmes ? Il y a une volonté de se démarquer et pourtant toutes ces photos sont similaires, pour les selfies, il y a des codes : dans les poses, dans les lieux…ce qui rend finalement tout le monde très uniforme. Quelle est notre relation avec notre propre image ? Notre relation avec notre société ? Avec des selfies, piqués sur la toile, « recomposés », elle s’interroge sur cette nouvelle mode : la réalisation d’autoportraits en toutes circonstances – tout le temps, à tout moment, souvent, sans aucune raison valable « d’inaugurer » l’instant capturé. Elle se questionne sur cette idée de beaucoup plus se regarder soi-même, plutôt qu’à côté, les autres.

 

 

 

 

L’Atelier-Galerie Bleu, on vous en reparlera sûrement dans Piñata, car c’est le type de lieu culturel qui aime partager et qu’on aime partager. Laura a découvert ce lieu il y a un an lors d’une exposition, elle a (elle aussi) aimait leur fonctionnement dans ce quartier de Lille Moulins et leur programmation et leur a tout simplement présenté son travail. Elle aimerait par cet article leur transmettre sa reconnaissance : « C’est une super équipe, qui fait un travail magnifique, je suis contente de pouvoir participer un peu à cette aventure. Et la prochaine expo ce sera le travail de Magali Dulain, ça boucle la boucle.», parce que Laura, elle lit aussi Piñata !


Dans ses pièces, on retrouve les notions d’accumulation et d’étalement : la matière, le fil, la forme, le motif… Elle a d’ailleurs commencé un nouveau projet autour de la psychologie, du rêve mais aussi de la maladie et du cauchemar. Sur sa table d’atelier j’ai alors pu découvrir des « tâches » en cours, (cf. tests de Rorschach), déclinées en peinture puis brodées…


Dans sa démarche, Laura a deux pratiques qu’elle distingue : d’un côté le travail des « grosses » pièces, ses installations, ses recherches plus pensées et réfléchies et de l’autre une partie qu’elle a du mal à intégrer au reste, ses croquis, dessins où elle laisse plus de libertés. Elle a toujours ces deux pratiques en cours quand elle travaille. Le plus léger servant alors à se divertir l’esprit et les yeux, entre de temps de travail sur une installation. C’est pourtant bien grâce à ces exercices qu’elle arrive à ses installations abouties. Comme ces travaux de tissage en laine qui ont donné lieu aux selfies recomposés en papier, ou ces dessins noir et blanc qui ont éveillé l’envie de se mettre à la gravure. Laura essaie alors diverses techniques, se perfectionne, avant de les intégrer dans ses travaux. On a donc hâte de voir cette évolution dans ses prochaines expositions.

 

 

 

 

PARCOURS

Originaire de l’île de Ré, Laura part à Nîmes après son BAC pour étudier les Arts Plastiques à la Fac. Après sa licence, elle passe sa maîtrise à Paris puis s’installe deux ans à Toulouse où elle travaille en librairie. Ensuite, elle décide de vivre deux ans à Montréal (qu’elle a adoré). Là bas, avec son ami photographe, ils rencontrent des artistes, exposent dans une galerie associative. Quand soudain, poussés par la curiosité ils décident de vivre à .. LILLE ! Eh oui. Et depuis quatre ans, eh bien, ils sont restés ! Laura a depuis exposé à la Manufacture des Flandres de Roubaix, au Poulailler à Lille, à Mons, à Namur fin 2015 puis à l’Atelier Galerie Bleu jusqu’au 1er Avril.

COUPS DE COEUR

Le groupe Sages comme des Sauvages, qu’elle écoute en boucle.
L’artiste Kiki Smith, qu’elle trouve indéfiniment inspirante.
Les œuvres de Pierre Huygue qui sont follement poétiques.
Le livre Requin de Bertrand Belin, une « jolie et étrange découverte ».

ACTU

Laura part en résidence de mi-avril à mi-juillet à l’Atelier Wicard à Rome. Chaque année, 3 artistes sont sélectionnés par la ville de Lille pour partir en Italie. Les 3 lauréats exposeront à l’automne 2016 à l’Espace le Carré, Lille.

SITE

www.lauragourmel.com

Ouvrez l’oeil, dans quelques jours viendra un jeu concours…

DSC_0175

Madeline 

Toutes les images ©LesPiñatas

One thought on “

  1. Pingback: Concours #9 |

Leave a Reply

Your email address will not be published. Required fields are marked *